Interview de Lucie, 23 ans, éducatrice spécialisée

par | 23/05/2022 | Interviews de pros, Métiers, Orientation jeunes

Découvrir le métier d’éducateur ou éducatrice spécialisée

Cette semaine, Lucie, 23 ans, éducatrice spécialisée, s’est prêtée au jeu de notre interview.

Salut Lucie, peux-tu nous décrire ton métier et nous expliquer en quoi ça consiste ?

Salut ! Alors, je suis éducatrice spécialisée en protection de l’enfance. Cela consiste à protéger les enfants de l’environnement extérieur, des problèmes familiaux, des difficultés rencontrées dans leurs parcours et qui font face à la justice et au juge des enfants. 

Actuellement, je travaille dans une MECS (Maison d’Enfance à Caractère Social) où j’accueille des jeunes de 13 à 21 ans. Ici, c’est comme leur maison, on s’occupe de leur quotidien, de leurs rendez-vous médicaux, de leur scolarité ou encore des entretiens avec les familles. 

En étant éducateur.rice spécialisé.e, on peut aussi travailler avec un public porteur de handicap. J’ai déjà travaillé dans  un foyer d’accueil spécialisé. On travaillait avec des adultes en situations de handicap mental ou physique lourd. On s’occupait de leur quotidien et on leur proposait des activités pour maintenir leurs acquis. Par exemple, on faisait du dessin pour leur apprendre à garder une motricité  fine, on lisait des histoires pour continuer et garder la lecture au quotidien. Dans le quotidien, on s’occupe aussi de leur repas ou des toilettes par exemple, même si ça donne un peu moins envie ! 

Quelle formation pour être éducateur spécialisé ?

Quelles études as-tu suivies pour devenir éducatrice spécialisée ?

J’ai fait un baccalauréat ES* que j’ai eu avec mention assez bien et ensuite j’ai tenté les concours de l’IRTESS à Dijon. L’IRTESS c’est l’Institut Régional du Travail Educatif et Social de Bourgogne qui regroupe toutes les études du social comme assistant de service social, moniteur éducateur, éducateur spécialisé ou encore assistant de soins en gérontologie. Pour se préparer aux concours, il existe des prépas car le concours est assez difficile mais de mon côté je l’ai obtenu du premier coup sans avoir fait de prépas. Après le concours j’ai donc fait 3 ans d’études à l’IRTESS et j’ai eu mon Diplôme d’Etat** d’éducatrice spécialisée, le diplôme d’état est différent d’un diplôme universitaire*** comme on pourrait avoir en licence. Pendant mes 3 ans d’études, j’ai effectué 4 stages dont un long en dernière année qui est professionnalisant. J’ai trouvé que les stages apportent un vrai plus à la formation. On se confronte à la réalité du terrain et ça nous permet de voir différents publics avec lesquels on pourra travailler ensuite. On ne se spécialise pas vers un public en particulier mais les stages nous permettent de savoir vers quel public on aimerait travailler après nos études. Personnellement, j’ai effectué deux stages avec des personnes en situation de handicap et deux en protection de l’enfance (il existe aussi des stages en exclusion, avec les réfugiés, les migrants, les personnes sans domicile fixe, etc.) J’ai tout de suite préféré travailler en protection de l’enfance car j’ai beaucoup aimé le travail autour de la parentalité, des familles et des enfants. 

Pourquoi devenir éducateur spécialisé ?

Qu’est-ce qui t’as donné envie de suivre cette formation ? (Une matière en particulier à l’école, un stage effectué, un prof…) 

Je me suis longtemps demandé ce que je voulais faire plus tard et pourquoi je m’étais dirigé dans cette voie. Je crois que je n’ai toujours pas la réponse aujourd’hui mais ce métier, c’est un “métier passion”. J’ai toujours aimé être à l’écoute des autres et les aider, je crois que c’est ce qui m’a motivé à m’engager dans ce milieu. Au lycée, j’avais une CPE qui m’a parlé de son parcours, elle avait fait éducatrice spécialisée avant de devenir CPE. C’est en discutant avec elle que ça m’a conforté dans mon choix et que je me suis décidé à passer les concours.

Quels sont selon toi, les points positifs et les points négatifs de ton métier ?

Les points positifs je dirais que c’est d’abord la relation à l’humain que l’on a tous les jours dans notre métier. C’est avant tout pour cela que je me suis engagée dans cette voie. Je dirais également que ce sont les activités. On accompagne les enfants à toutes sortes d’activités sportives ou culturelles qui sont intéressantes aussi bien pour eux que pour moi. 

Les points négatifs seraient avant tout le salaire. Je trouve qu’on n’est pas assez rémunéré par rapport au travail que l’on fournit et à la charge de travail que l’on a. Ensuite, on travaille aussi avec des partenaires qui peuvent parfois mettre un frein à nos actions. Par exemple, on travaille avec des enfants qui sont confiés à l’aide sociale à l’enfance qui ensuite va les répartir dans différents foyers comme celui où je travaille. Mais pour chaque action que l’on veut mener il faut demander l’accord de l’aide sociale à l’enfance (par exemple, une enfant qui demande un droit de visite supplémentaire de sa famille) et cela met parfois du temps. Toutes ces procédures peuvent parfois nous bloquer dans notre travail et décevoir aussi bien les enfants que nous. 

Je dirais également qu’en faisant ce travail, il faut s’attendre à de nombreuses difficultés psychologiques. On travaille avec des enfants qui ont des parcours de vie compliqués. C’est parfois difficile psychologiquement pour les éducateur.rice.s spécialisé.e.s de faire face à cette violence ou ces frustrations. 

En résumé, il n’y a pas plus de points négatifs. C’est surtout qu’il y a beaucoup de contraintes auxquelles il faut faire face. Mais c’est un travail qui te fait grandir chaque jour et qui favorise notre remise en question perpétuelle sur notre façon de travailler.

Quels préjugés sur le métier d’éducateur spécialisé ?

Quels sont les préjugés que tu entends souvent sur ton métier ? 

Un préjugé que j’entends souvent c’est que les éducateur.rice.s spécialisé.e.s portent toujours des sarouels, et je tiens à dire que c’est faux, je n’en porte plus ! 

Plus sérieusement, on nous dit souvent qu’en tant qu’éducateur.rice.s spécialisié.e.s, on ne fait pas grand chose à part emmener les enfants à la piscine ou à la fête foraine. C’est totalement faux, il faut prendre en compte tout le versant éducatif, psychologique et les relations partenariales compliquées que j’évoquais au-dessus, ce n’est parfois pas si simple. 

Un cliché que j’ai aussi entendu au cours de mes études c’est que dans nos formations il y a celle d’éducteur.rice.s spécialisé.e.s et celle de moniteur.rice éducteur.rice. On entendait souvent que les éducateur.rice.s spécialisé.e.s se la jouait au dessus des autres. Ce n’est pas vrai, au final on est tous là pour les mêmes raisons, aider les autres et le travail de fond est le même.

Quels débouchés pour le métier d’éducateur spécialisé ?

As-tu des projets professionnels pour les prochaines années ?

Totalement ! Actuellement, je suis en transition professionnelle. J’adore mon métier mais je dois avouer que les horaires sont parfois difficiles, les horaires sont de 7h à 23h et on travaille aussi le week-end. Je trouve qu’on est assez mal payé et que tout ça ne favorise pas la vie familiale et sociale que j’aimerais avoir. Donc, j’aimerais devenir CPE. 

Je voudrais rester dans le milieu éducatif car j’aime travailler avec des enfants. Etre CPE c’est s’occuper des jeunes, être là pour eux quand ils ont besoin de parler, créer des projets, mener une équipe et avoir plus de responsabilités. Et puis les horaires sont aussi plus accessibles à la vie de famille ! 

Pour mener à bien ce projet, j’ai effectué cette  année une troisième année de licence à distance en Enseignement Formation Education Culture et je travaille à côté en tant qu’éducatrice spécialisée. Il faut savoir que le diplôme d’éducateur.trice spécialisé.e ne délivre qu’un bac +2, c’est pour cela que je dois faire une troisième année de licence afin d’entrer en master MEEF ensuite. Après le master il faudra passer les concours de CPE puis je pourrais enfin travailler en tant que CPE dans un collège ou un lycée.

Quelle serait ta première mesure en tant que présidente de la république ?

La revalorisation salariale pour les métiers du social ! On fait grève depuis longtemps pour cette revalorisation mais on ne l’a malheureusement toujours pas.

Aurais-tu aimé faire un autre métier / suivre d’autres études ? Si oui, lesquelles ?

Je pense que si je n’avais pas fait ce métier, j’aurais sans doute fait des études de psychologie pour devenir criminologue ou psychologue carcéral. Mais les débouchés sont très fermés donc je ne l’ai pas fait. 

Tu voulais faire quoi comme métier quand tu étais enfant ?

Je crois que tous les métiers dont on rêve enfant y sont passés, vétérinaire, chanteuse… Je ne me souviens pas avoir eu de vraies vocations. 

Que dirais-tu à un parents qui s’inquiètent que son enfant soit perdu dans son orientation ?

Quand j’étais perdue dans mon orientation, mes parents m’ont payé un accompagnement dans une entreprise qui s’appelle Acadomia pour avoir des conseils personnalisés avec une conseillère d’orientation. J’ai eu de la chance mais il y a aujourd’hui de très bonnes structures gratuites qui peuvent aussi vous accompagner. J’ai passé une batterie de tests comme des mathématiques ou de la logique afin de connaître mes sensibilités et voir vers quelles filières je pourrais me diriger. Honnêtement, je crois que cela ne m’a pas trop aidé parce que le côté social n’est pas trop ressorti de mon profil à la suite des tests. La conseillère m’avait aussi dit que les concours d’éducteur.rice.s spécialisé.e.s étaient difficile et que c’était dur de l’avoir du premier coup mais que je pouvais essayer. Finalement, j’ai réussi et voilà où j’en suis à 23 ans !

Je dirais surtout à tous ses parents de rester ouverts à toutes les pistes que leurs enfants peuvent proposer, de les  aider à construire leur projet mais aussi à déconstruire les représentations qu’ils peuvent avoir de ces métiers. Il faut surtout rester à l’écoute et les encourager à suivre leur voie quelle qu’elle soit !

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*ES : Baccalauréat Economique et Social, une des trois anciennes séries du baccalauréat général

**Diplôme d’Etat (ou DE) : formation diplômante, résultant d’une formation effectuée dans un secteur spécifique comme la santé ou le social

*** Diplôme universitaire : s’obtient après un cursus de licence, de master ou de doctorat à l’université

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